Interview – B.B. Hara, une auteure d’avenir

J’ai découvert B.B. Hara sur le groupe Facebook Wattpad-France. Alors que j’étais à la recherche de nouvelle lecture, elle m’a proposé son texte.

J’ai dans un premier temps été captivée par la couverture de son livre (qui était encore à l’état de brouillon à l’époque), puis par son résumé. Parlons de coïncidence ou de destin, mais des semaines plus tôt, j’avais lu divers textes sur les vieilles légendes bretonnes. J’ai donc été agréablement surprise de découvrir une histoire qui reprenait l’une d’entre elles : Ys, la ville engloutie.

Et je n’ai pas été déçue par cette histoire prometteuse dont je n’ai pu lire que les prémices. Une plume agréable, des personnages divers et attachants, une belle aventure… Que demander de plus ?

Mais je ne vais pas en dire davantage puisque B.B. Hara est là pour nous parler de son roman et de son quotidien d’auteure.

D’abord, un petit résumé !

Résumé : Killian, jeune paysan désenchanté, déterre par hasard un objet extraordinaire, tout droit surgi d’un lointain passé. Commence pour lui un voyage fantastique vers la cité engloutie d’Ys, où dorment les trésors et les âmes maudites… Mélange d’action, de folklore traditionnel, d’aventure et de fantasy, Les Murmures d’Ys revisite la Bretagne du XIIe siècle, entre réalité et légendes aussi merveilleuses que glaçantes !

Bonjour B. B. Hara. Dans un premier temps, pourrais-tu nous parler de l’origine de ton pseudonyme ?

Bonjour à toi, Laëtitia ! Merci pour cette interview. Mon pseudonyme vient d’abord de mes initiales : le premier B pour mon nom de famille, le deuxième pour mon prénom, Barbara ! Le choix du H à « Hara » est le fruit d’une rencontre avec un maître du hanko, l’art des sceaux japonais. Pour créer un sceau basé sur mon prénom, nous avons décortiqué ce dernier en deux syllabes compatibles avec des kanji (idéogrammes). Cela nous a donné « ba » et « hara ». Ensuite, j’ai choisi la graphie que je souhaitais adopter, sachant qu’il existe de nombreux kanji qui se prononcent « ba »… Le maître m’a proposé le kanji signifiant « mer », mais j’ai préféré celui du cheval. Avec le « hara » (« étendue, plaine »), mon hanko donne Ba-Hara, cheval dans la plaine ! J’ai adoré l’idée, et ce moment échangé. J’ai donc décidé de l’intégrer à mon pseudonyme.

Écrire est une passion qui m’a prise assez tôt. Quand as-tu découvert les joies de l’écriture ? Aimerais-tu en vivre, ou cela s’arrête-t-il à un hobby ?

J’écris aussi depuis longtemps ! Petite, je composais des poésies dans des carnets, avec le texte sur la page de droite et un dessin sur celle de gauche. Plus tard, j’ai constitué des sortes d’encyclopédies sur les chevaux, sur l’occultisme… Vers 12 ans, après avoir vu Titanic, j’ai tenté d’écrire un premier roman autour du diamant Hope. Je voulais faire une grande fresque pleine de mystères, de malédictions, depuis les mines indiennes à l’Angleterre. Hélas, je crois n’avoir pas dépassé les quatre chapitres !

À l’adolescence, je pensais n’avoir rien à raconter. Poussée par mes amis et mes professeurs, j’ai tout de même tenté un concours régional de nouvelles noires et policières… Et bim, j’ai remporté le premier prix ! J’ai eu une longue période de scénario ensuite. J’ai fait des études de montage audiovisuel, utiles pour apprendre le découpage, la rythmique.

En 2010, je suis définitivement (re)venue au roman avec la première version des Murmures d’Ys. J’ai vraiment plongé à 100 % à ce moment-là. Je pense que les « trouve-toi un vrai métier » m’avaient condamnée à considérer jusque-là l’écriture comme un « hobby », quelque chose de secondaire. Maintenant, avec le recul et l’expérience, la voie m’apparaît très claire. Je veux parvenir à vivre de mes écrits afin de faire ce pour quoi je suis faite, et arrêter de perdre mon temps avec des boulots alimentaires.

Quelles sont tes inspirations ? Les auteur(e)s qui t’ont le plus inspiré, marqués ? De manière plus générale, qu’est-ce qui t’a donné envie de raconter des histoires ?

Je pense que les récits d’aventures du Club des Cinq d’Enid Blyton m’influencent encore aujourd’hui. J’adorais le côté groupe, débrouillardise, exploration, et je rêvais de vivre les mêmes choses que ses héros. Parmi mes films culte, on retrouve d’ailleurs Les Goonies. Je rêve toujours de mettre la main sur le trésor de Willy le Borgne !

L’Appel de la forêt de Jack London m’avait mis une grande claque pour la sublimité du Wild, mais également son univers violent et sans pitié. Les auteurs du fantastique comme Poe, Oscar Wilde, Le Fanu ou Lovecraft ont nourri mon côté sombre de jeune adulte. Et, bien sûr, je suis obligée de citer Le Seigneur des Anneaux (via la trilogie de Peter Jackson) et Harry Potter ! En manga, Pandora Hearts de Jun Mochizuki m’a beaucoup aidée, à une période où je traversais une crise artistique. Ses personnages charismatiques, ses nombreux mystères et son intrigue tentaculaire m’ont fait reprendre conscience du pouvoir infini d’une histoire bien menée.

Que représente l’écriture pour toi ?

Un besoin ; il y a trop de choses dans ma tête. Même quand il ne s’agit pas de mon univers, je ne peux m’empêcher d’étendre les scénarios des séries que je vois, d’imaginer mille et une séquences, d’échafauder des théories qui ne se vérifieront sûrement jamais… J’adore ça. Écrire est un moyen de donner une forme concrète à ce tourbillon. J’aime cet instant de grâce, après une séance d’écriture, où l’on se sent libéré, fier et heureux du travail accompli.

J’aimerais principalement parler avec toi de ton roman Les Murmures d’Ys. Parfois, un détail, un nom, une musique nous inspire des histoires entières. Par exemple, pour un de mes romans, le prénom « Léo » a été le point de départ de tout. Quel a été le tien pour ton roman ?

Il se pourrait que Les Murmures d’Ys soit effectivement parti d’une musique ! Ou, plus précisément, de l’album de Tri Yann, Le Pelegrin. J’imagine très bien un lever de soleil, les paysans partant aux champs sur la chanson I Rim Bo Ro. Tu peux aussi considérer la piste suivante, Je m’en vas, comme la chanson de Killian !

D’autres facteurs sont aussi entrés en jeu, comme ma fascination pour le mythe d’Ys, ou encore mon attirance pour l’aventure et les grands espaces. J’ai eu la chance de faire le chemin de Stevenson lorsque j’étais adolescente, du Puy-en-Velay à Saint-Jean-du-Gard. J’en garde un souvenir impérissable et depuis lors, j’ai toujours eu envie d’écrire un livre sur la Route.

J’ai déjà lu la légende de la ville d’Ys et apprécie que tu empruntes des aspects de cette légende bretonne. Pourquoi cette légende en particulier et pas une autre ?

Je crois que les villes englouties parlent à notre subconscient. Elles sont comme un retour aux origines, un retour à la mère. Je les trouve aussi extrêmement romantiques, hors du temps, un monde caché sous la surface. Elles sont les témoins d’une grandeur qui fut et qui n’est plus. J’ai dédié un billet de mon blog à ce thème, si cela t’intéresse ! http://bbhara.com/villes-englouties/

La Matière de Bretagne et l’imaginaire celtique me passionnent depuis toujours. Ils sont si riches, si denses, si fascinants ! Prendre le mythe d’Ys (plutôt que l’Atlantide, par exemple), le remodeler à ma sauce m’a paru comme une évidence. Mais j’infuse aussi d’autres légendes à la saga, quitte à les revisiter de façon très libre, ou à les déconstruire totalement !

« Aujourd’hui encore, il arrive que, par temps calme, les pêcheurs de Douarnenez entendent souvent sonner les cloches sous la mer et disent qu’un jour Ys renaîtra. Plus belle que jamais. » La légende d’Ys, la cité engloutie : https://www.bretagne.com/fr

J’ai découvert ton livre sur Wattpad. As-tu réussi à trouver de nombreux lecteurs et soutiens sur cette plateforme, ou l’essentiel de tes lecteurs vient-il d’ailleurs ?

En fait, je ne sais pas encore d’où viennent mes lecteurs… Publier un livre est nouveau pour moi. À l’époque de la mise en ligne sur Wattpad, je n’ai pas eu énormément de vues/votes/commentaires, mais les personnes qui me suivaient étaient très assidues. Leur fidélité et nos échanges ont illuminé mes journées ! La plateforme offre une visibilité très limitée aux débutants, aussi je pense qu’il vaut mieux considérer la qualité des retours plutôt que leur quantité. À partir du moment où il est publié, le livre fait également sa vie tout seul. Sans que je ne fasse rien pour le mettre en avant, Les Murmures d’Ys a aujourd’hui dépassé les 900 vues. J’ignore comment ces nouveaux lecteurs tombent dessus, et s’ils seront présents pour soutenir l’édition papier… Si vous me lisez, je compte sur vous !

Travailles-tu actuellement sur d’autres projets ou es-tu entièrement tournée vers Les Murmures d’Ys ?

Je suis entièrement dédiée aux Murmures d’Ys. J’ai cependant d’autres projets dans les tiroirs, en particulier une série écrite entre 2012 et 2016, répartie sur deux tomes d’environ 300 pages chacun. Je ne sais pas encore si elle subira des réécritures légères ou profondes, donc je préfère ne pas entrer dans des détails pointus… Ce que je peux dire, c’est qu’il s’agit d’une histoire très sombre, plus proche de la tradition fantastique classique que de la fantasy. De nombreux personnages gravitent, avec pour chacun des secrets, des intérêts, une toile qui se dévoile au fil des chapitres. J’y aborde des thèmes comme le double, la poursuite de l’immortalité (ou simplement d’une vie, pour la plupart des personnages), et surtout, la quête de soi.

Pourquoi choisir l’auto-édition et non la publication traditionnelle ? Un projet de financement participatif pour ce roman se prépare n’est-ce pas ? Comment vis-tu cette expérience ?

Il y a neuf ans, après avoir écrit la première version des Murmures d’Ys, j’ai d’abord tenté l’édition classique. Avec le recul, je trouve ce manuscrit très mauvais… Mais il m’a permis d’obtenir des retours personnalisés de grandes maisons qui m’ont donné des pistes pour m’améliorer (Castermann, L’École des Loisirs, et Gallimard qui m’a relue trois fois ! Je les remercie vraiment pour leur patience). J’ai passé les années suivantes à travailler, écrire d’autres romans, et je peux désormais affirmer qu’entre mon style d’aujourd’hui et celui d’hier, c’est le jour et la nuit !

En parallèle, au fil du temps, j’ai aussi découvert plus en détail le milieu de l’édition et ses problématiques. J’en ai conclu que l’indépendance, loin d’être une voie de garage, m’offrirait une totale liberté, et peut-être plus de chances d’espérer vivre de mes créations. Je suis une touche-à-tout. Collaborer avec une correctrice, une illustratrice, penser des goodies, créer un blog ou une bande-annonce, tout ça me passionne et me permet d’apprendre une foule de choses. Et oui, je vais bientôt lancer une campagne Ulule ! C’est un énorme travail, et c’est hyper excitant. Rendez-vous compte : j’ai appris à utiliser un tableau Excel, à calculer les pourcentages des charges sociales, des commissions, voir si je rentre dans mes frais, etc. ! En plus d’être auteure, je deviens chef d’entreprise, éditrice, community manager… Je n’ai jamais autant appris que maintenant. Quoi qu’il m’arrive dans le futur, en empruntant cette voie, je me serai beaucoup enrichie.

Peux-tu partager avec nous ton processus d’écriture. Utilises-tu des techniques particulières pour écrire et trouver des idées ? Post-it, tableau, technique divers et varié aux noms étranges ?

Hum, je n’ai pas de technique très cadrée… Je ne fais pas de fiches personnages, par exemple. Je les laisse plutôt m’apprendre qui ils sont, et je prends parfois une note pour bien m’en imprégner. Pour ma série en deux tomes, après avoir fini le T1, j’ai fait un post-it par personnage avec la phrase qui le définissait le plus à ce stade-là du roman, et son désir le plus profond, le but ultime vers lequel il voulait aller. J’avais affiché ça sur mon mur et ainsi, j’avais toujours en tête ce que je considérais être leur essence… Ensuite, je les ai laissés réagir aux événements chacun à leur manière, pour le meilleur et pour le pire. C’est une façon de faire assez risquée dans le sens où l’auteur n’a qu’un contrôle très modéré. Au dernier tiers du livre, soudain, tu t’aperçois qu’untel s’est pris dans une spirale et qu’il ne s’en sortira pas. L’écrivain peut encore intervenir avec un deus ex machina, mais est-ce réellement intéressant ? J’avoue avoir un faible pour les histoires sans corde de sortie providentielle, avec des protagonistes jusqu’au-boutistes que les événements changent peu à peu en monstres, en sauveurs, ou quelque chose entre les deux. J’admire beaucoup le scénariste Gen Urobuchi. Il sait pousser ses personnages jusqu’à leurs limites. Regardez Psycho-Pass ou Aldnoah.Zero avec l’incroyable destin de Slaine Troyard !

Concernant la construction de l’intrigue, j’imagine d’abord pêle-mêle tout ce que j’ai envie de voir. J’essaie ensuite d’organiser ces idées en faisant un plan global. À ce stade, j’aime bien vérifier avec la méthode Vogler (cf son ouvrage The Writer’s Journey) si l’ensemble tient le coup. Mais attention ! La méthode ne doit pas dicter le contenu ; elle sert simplement de boîte à outils pour régler d’éventuels problèmes. Au-delà de la trame, je pense qu’il est important de ménager des espaces flous pour se laisser surprendre. Se faire confiance aussi, car chaque roman reflète l’état d’esprit de l’écrivain. Sans que l’on s’en rende compte, un propos sous-jacent se tisse et donnera son « âme », son unité au texte.

Dernièrement, j’essaie de travailler davantage cette idée d’unité, de la contrôler à l’échelle du chapitre. Avant d’en attaquer un nouveau, j’écris une phrase clé, puis je fais le plan. Je tente ainsi de développer une idée centrale qui donnera une couleur particulière à l’ensemble. Bien sûr, cette idée reste sous-jacente, elle n’est pas exprimée de but en blanc — sauf si c’est la pensée d’un personnage, et qu’il choisit de la formuler. Mon objectif, c’est de laisser un sentiment, une impression au lecteur, ou qu’il vienne à se faire par lui-même la réflexion que je souhaitais lui transmettre. Comme pour mes autres « techniques », c’est assez empirique. Je teste !

« L’imagination, opium du monde ». Que t’inspire cette phrase ? Pour toi, quel pouvoir à l’imaginaire ? Quel pouvoir ont les histoires que nous racontons (et lisons) ?

Je n’aime pas trop le mot « opium »… À mon sens, il est connoté négativement.

Je dirais que les histoires nous permettent de dépasser notre condition humaine. Et que l’imagination est notre plus grande force, mais aussi notre plus grande faiblesse. Notre force, car elle a permis à notre espèce de voir au-delà, de se projeter, de concevoir des outils qui nous ont permis de survivre et de nous élever. Notre plus grande faiblesse, parce que notre imagination est limitée. Elle nous enferme dans des concepts, des univers où l’on se sent en sécurité. Or la nature, le hasard, les concours de circonstances se débrouillent toujours pour nous rappeler que notre esprit ne peut pas tout englober ! Écrivains, scientifiques ou inventeurs de tout poil sont à mes yeux de la même nature : des explorateurs entre le réel connu et l’imaginable inconnu, qui tentent toujours d’aller plus loin.

J’espère que cet interview vous aura donné envie de découvrir cette auteure et de lire le début de son roman Les murmures d’Ys sur Wattpad : https://www.wattpad.com/story/154103872-les-murmures-d%27ys-l%27ordre-de-la-croix-d%27argent

N’oubliez pas, si l’histoire vous plait, soutenez B.B. Hara pour l’autopublication de son roman ! https://fr.ulule.com/murmures-dys/?utm_campaign=presale_85503

Et pour découvrir son univers, c’est par ici : http://bbhara.com/

A bientôt !

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